JAZZ Montreal - Home Vienna Art Orchestra - 20th Anniversary  
en francais
 
Home & News
What's New
Montreal Scene
Musicians
Listings
Clubs & Venues
Festivals
Radio
New Releases
Reviews
Gallery
Columns
Forums

Archives
Links
Help/FAQ
About
Contact

Register/Log In


Search the site





powered by FreeFind

Vienna Art Orchestra 20th Anniversary
Amadeo-Verve
critique par Marc Chénard

Grand orchestre sans être un big band dans l’acception habituelle du terme, le Vienna Art Orchestra est devenu l’une des formations le plus durables du jazz européen. Depuis ses débuts presque anarchiques en 1977, cette troupe doit sa longue vie à son chef, le compositeur d’origine suisse Matthias Rüegg, lequel a réussi à renouveller le répertoire de sa plume prolifique de compositeur et d’arrangeur. Concepteur de projets musicaux aussi, ce pianiste de formation, qui ne fait que diriger les prestations, revisite sans cesse toutes les traditions musicales occidentales, du grand répertoire classique au jazz des maîtres, puisant à même les rythmes funk et binaires issus des musiques pops.

Pour cette célébration, Mr. Rüegg livre non pas un album mais un coffret de trois compacts qui étalent la grande diversité de ses visées créatives. Premier volet du triptyque, une suite de huit compositions originales d’Éric Dolphy intitulé « Nine Immortal Non-Evergreens for Eric Dolphy» renoue avec la musique de ce multi-instrumentiste disparu depuis plus de 30 ans déjà, mais qui, de nos jours, fait l’objet d’une redécouverte assez remarquable. En plus de 70 minutes, l’orchestre relit des morçeaux, tels Miss Ann, Hat & Beard, Gazzelloni , même le vénérable saucisson de Fats Waller Jitterbug Waltz, jadis revisité par Dolphy sur son album «Music Matador ». Bien qu’il y ait beaucoup de respect pour le matériel thématique, les arrangements jettent de nouveaux éclairages sur ces thèmes aux courbes angulaires, qui présagèrent d’ ailleurs un après-bop ou un néo-free au cours des années 60 et 70. L’usage d’une basse électrique dans ses nouvelles interprétations ajoute un soupcon ‘fusionnant’, quoique les rythmes d’accompagnement ne se figent jamais dans la facilité de motifs redondants si chers au jazz électrique. L’instrumentation du VAO diffère aussi du big band traditionnel, car on y trouve ici le cor français de Claudio Pontiggia (qui s’illustre dans Gazzelloni), le vibraphone de Frank Tortillier, une section de sax sans baryton et un effectif réduit de cuivres (trois trompettes et un seul trombone). À l’écoute, on peut s’émerveiller d’emblée du duo de sax altos qui jouent note pour note les sept chorus du solo d’origine de Dolphy sur Out There, mais le point fort du disque c’est le flot entier du disque, le solide travail d’orchestration et l’exécution tout à fait irréprochable par l’ensemble. Petite espièglerie en fin de programme, un fragement d’une autre prise de Jitterbug Waltz (20 secondes) surgit quelque 7 minutes après la première (dont la durée réelle n’est que de quatre, plutôt que les 11 indiquées sur la pochette. (Présage au "Concerto pour voix et silence" du troisième disque? Voir plus bas.)

Si ce premier disque est une aventure bien calculée, le second disque, en revanche, en est un programme bien assis. En effet, dans «Quiet Ways » (en contraste au «Powerful Ways » du premier CD), comprend neuf autres plages, chacune d’elles interprétées par des chanteuses de jazz de premier ordre, en l’occurrence Helen Merrill, Betty Carter, Sheila Jordan et Linda Sharrock en tête de liste, ainsi que trois européennes, l’autrichienne Monica Trotz, l’italienne Anna Lauvergnac et la britannique Yvonne Moore. Outre une composition de Rüegg (The innocence of clichés en fin de disque), toutes les autres sont puisées dans le grand livre des standards d’antan, par exemple What’s New (Merrill), Once Upon a Summertime (Carter), voire If you Could See me Now (Jordan). Qui plus est, chaque morçeau a été orchestre en fonction d’un arrangement antérieur, réalisé dans les années 50 ou 60 pour la plupart. Pour les amateurs du genre, cette offrande sera un beau cadeau tout en douceurs, mais il y a toujours un relent de bonbon là-dedans (plus particulièrement les titres comprenant des petites sections de cordes).

Dernier volet du triptyque, le « Unexpected Ways » accorde aussi une large part à la voix, quoique le propos musical est d’un ordre fort différent. Des quatre pièces regroupées sur cette dernière surface, l’ambitieux « Concerto for Voice and Silence » est une oeuvre bâtie autour d’une version d’un texte du compositeur et penseur musical John Cage. Départ radical du jazz ici et d’autant plus, car une formation orchestrale mixte entre jazzmen et musiciens classiques (un quatuor à corde en l’occurrence) assure la trame musicale. La voix, de son côté, est assurée par une nouvelle venue dans nos parages, la suissesse (d’ethnie romanche) Corin Curschellas. Celle-ci débite le texte comme récitante surtout, chantant par moments, ou articulant des onomatopées, même des imitation des petites cris d’oiseaux entre autres petites bestioles. Ici, M. Rüegg tente de jouer la carte de ce mouvement néo-classiciste, le ‘Third Stream’ qui tenta avec des résultats souvent mitigés de jeter un pont entre le jazz et les musiques dites sérieuses. Dans cette oeuvre, la substance musicale semble réduite à des appuis épars du propos verbal (stratgie d’ailleurs très cagienne), mais à plus de 24 minutes, le récit ne captive pas vraiment l’intérêt, ni musique qui, elle, accuse un certain manque de développement. Toujours dans ce même sillon dudit troisième courant, un second morçeau intitulé Quelques petits moments - et sous-titré « Concerto pour trompette et orchestre - Premier mouvement » - est entièrement composée. La partition solo, exécuté par Mathieu Michel, n’arrive pas à séduire car ses interventions semblent dénuées d’un fil conducteur, pour ne pas dire une certaine idée directrice. Troisième plage, Sunaris sous-titré « Concerto pour triangle (eh oui..) et orchestre » met en évidence cet instrument réservé à des effets orchestraux passagers. À quelque cinq minutes de durée, il faut avouer que le tintement omniprésent de cette barre métallique se situe à la limite du tolérable. Qui plus est, cet instrument distrait même l’auditeur du reste de l’oeuvre et de l’exécution des autres douze musiciens. Pour terminer cette courte surface de 42 minutes, on y entend « Short Developments », pièce composée pour quintette à vent (classique) par le maître d’oeuvre de cette somme musicale. Bien qu’on y retrouve une belle maîtrise d’écriture et une interprétation irréprochable par l’ensemble autrichien Opus Novum, cette composition n’offre à vrai dire aucun signe distinctif, ni même de trouvaille particulière.

En dépit du spectre musical déployé dans ces trois disques tout nouveaux, chaque projet est un regard jeté vers le passé, plus spécifiquement ces années charnières qu’ont celles été des deux décennies suivant la dernière Grande Guerre.. Moins une réflection de l’histoire de cette formation, elle est plutôt celle de son leader et de son assez large champ d’intérêt musical...



Hosting provided by Groove Systems Copyright© 1996-2004 JAZZ Montréal Web Site, Montréal, Canada - All rights reserved.
Questions or comments to: webmaster@jazzmontreal.com